Manifestations
Cliniques et Diagnostic
Par le
Professeur Bertrand Dussol – Hôpital de la Conception,
Marseille
Manifestations cliniques
Les deux sexes sont atteints de
manière égale, les calculs se révèlent
souvent entre 20 et 30 ans. Ils sont souvent volumineux voire coralliformes,
multiples et bilatéraux dans presque 80% des cas. Les calculs
sont radio-opaques quoique plus faiblement que les calculs calciques.
Leurs contours sont lisses, émoussés en tâche
de bougie. L'aspect macroscopique des calculs est assez caractéristique
: couleur jaune claire, forme sphérique ou ovoïde, surface
finement cristalline. Lorsqu'une fine couche de phosphate de calcium
les recouvre, ils prennent une couleur jaunâtre et une surface
régulière et lisse.
L'évolution spontanée
est marquée par la survenue fréquente d'émissions
calculeuses ou d'accidents obstructifs rendant nécessaire
des interventions chirurgicales itératives et mutilantes
pouvant conduire à l'insuffisance rénale chronique.
Après 15 à 20 ans de suivi, environ 20% des malades
ont une pyélonéphrite chronique, 10% ont bénéficié
d’une néphrectomie unilatérale et moins de 5%
sont en dialyse. Moins de 10 patients dans le monde auraient bénéficié
d’une transplantation rénale pour une cystinurie (la
transplantation a l’avantage d’enlever l’organe
qui est à l’origine et qui est cible de la maladie).
Le diagnostic de cystinurie doit
être évoqué chez les sujets faisant à
un âge jeune des calculs urinaires et à tout âge
chez les patients ayant des calculs récidivant bilatéraux
de gros volumes en l'absence de maladie métabolique.
Diagnostic Biologique
Les «petits moyens»
du diagnostic sont :
1°) l'étude du sédiment
urinaire sur les urines fraîchement émises le matin
qui peut révéler la présence de cristaux de
cystine typiques hexagonaux (17 à 26% des cas).
2°) la réaction de BRAND
au nitroprussiate de sodium qui n’est que qualitative. Elle
donne une positivité lorsque la concentration de cystine
est supérieure à 75 mg/g créatinine (0,035
mmol/mmol). Des faux positifs peuvent être observés
chez les patients avec homocystinurie et acétonurie ou prenant
certains traitements qui contiennent de la cystéine : ampicilline,
RhinathiolÒ, N-acetylcystéine.
Le diagnostic sera confirmé
par :
1°) l'analyse des calculs par
spectrophotométrie infra-rouge. Mais attention 20% des malades
cystinuriques élimine des calculs mixtes avec de l'oxalate
et du phosphate de calcium ce qui ne doit pas faire errer le diagnostic.
2°) la mesure de l’excrétion
urinaire de cystine dans les urines des 24 heures. La technique
la plus fiable est la chromatographie (échangeuse d’anion).
L’excrétion urinaire de cystine des sujets sains n’excède
pas 125 mmol/jour (soit 30 mg/J). Rapporté à la créatinurie,
cela donne entre 0,008 et 0,01 mmol/mmol de créatinine. Les
malades homozygotes éliminent entre 600 et 1300 mg/j soit
2,5 à 5,4 mmol/j de cystine. Rapporté à la
créatinurie, cela correspond à 250 mg par gramme de
créatinine soit 0,12 mmol/mmol.
Le diagnostic différentiel
comporte :
1) le syndrome de Toni-Debré-Fanconi
mais ces malades ne font pas de calcul, l’aminoacidurie est
généralisée et l’excrétion urinaire
de cystine inférieure à 0,8 mmol/jour.
2) l’immaturité tubulaire.
Il ne faut pas doser la cystine avant l’âge de 6 mois.
Il est fondamental de faire un bilan
urinaire complet de lithiase (+++) du fait de formes mixtes (cystine/oxalo-phospocalcique)
à la recherche d’anomalies métaboliques pouvant
aggraver la maladie lithiasique. Il est retrouvé jusqu’à
20% d’hypocitraturie, 45% d’hyperuricurie chez des cystinuriques
homozygotes.
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