Génétique
de la Cystinurie
Par le
Professeur Bertrand Dussol – Hôpital de la Conception,
Marseille
La
cystinurie est une maladie héréditaire fréquente
affectant une personne sur 7000. Sa fréquence est de 1/2500
chez les Juifs originaires de Libye (population dans laquelle la
fréquence est la plus élevée) et de 1/15000
chez les nords américains. La fréquence de la cystinurie
hétérozygote est de 1/200.
La
cystinurie est une affection autosomique recessive dont il existe
3 variantes : les cystinuries de types I, II et III. Cependant des
formes mixtes comme la forme I/III existent aussi.
On
peut séparer les 3 types de cystinurie sur :
1) l’absorption intestinale des sujets homozygotes après
charge orale de cystine
2) l’excrétion urinaire de cystine des sujets hétérozygotes.
A
l'état homozygote, les trois types se traduisent par une
cystinurie et une amino-acidurie dibasique et se compliquent de
lithiases urinaires. L'état hétérozygote n'est
associé à aucun trouble dans le type I et à
une élévation de l’excrétion urinaire
de cystine dans les types II et III sans formation de calcul urinaire.
Cependant l’excrétion urinaire de cystine et des acides
aminés dibasiques est nettement moins marquée que
dans les formes homozygotes.
Cystinurie de type I
La
cystinurie de type I est une affection complètement récessive.
Les parents hétérozygotes I/N (N pour normal) ont
une excrétion urinaire de cystine normale et ne présentent
aucun trouble. Environ la moitié des sujets homozygotes (génotype
I/I) font des calculs urinaires dans les dix premières années
de leur vie.
Le
gène en cause est appelé SLC3A1. Il est porté
par le bras court du chromosome 2 (2p21). Les sujets homozygotes
(I/I) ont en général 2 mutations sur le gène.
De nombreuses anomalies ont été retrouvées
sur le gène : missense, frameshift, délétion,
splice, nonsense. La protéine codée par SLC3A1 est
un transporteur rénal et intestinal de la cystine et des
acides aminés dibasiques. Le transporteur rénal a
été localisé au niveau du segment 3 vertical
du tube contourné proximal.
Sur
le plan digestif, aucune absorption jéjunale des acides aminés
dibasiques n’est mise en évidence après une
charge orale de cystine.
Cystinurie de type II
Ce
type de cystinurie, qui serait rare, est une affection incomplètement
récessive. Les parents hétérozygotes (génotype
II/N) ont une excrétion urinaire de cystine élevée.
Le gène en cause est différent de celui de la cystinurie
de type I. Il est porté par le bras long du chromosome 19
(19q13.1). Ce gène n’a pas été encore
cloné mais il coderait pour un transporteur de la cystine
à un niveau du néphron différent de celui de
SLC3A1. Souvent le génotype de ces patients est difficile
à déterminer : hétérozygotes II/N ou
homozygotes II/II.
Sur
le plan digestif, une charge orale de cystine est peu absorbée
sans élévation de la cystinurie.
Cystinurie de type III
Il
s’agit d’une affection incomplètement récessive.
Les parents hétérozygotes (III/N) ont une excrétion
urinaire de cystine anormale mais peu élevée. Le gène
en cause est le même que dans la cystinurie de type II. Le
génotype de ces patients, comme dans la cystinurie de type
II, est difficile à déterminer avec des formes frontières
entre homozygotes (III/III) et hétérozygotes (III/N).
L'absorption
digestive de cystine et lysine est réduite de manière
variable mais une élévation presque normale de la
cystine plasmatique accompagne une charge orale de cystine.
Aux
cystinuries de types I, II et III, il faut ajouter des formes mixtes
par double hetérozygotie ou par mosaïque génétique
puisque les gènes mutants sont alléliques. Ainsi ont
été décrit des malades avec cystinurie I/III
dont un parent présente une excrétion urinaire de
cystine normale, l’autre ayant une élévation
modérée de l’excrétion. Ces malades de
génotype I/III ont généralement une excrétion
urinaire de cystine plus basse que ceux ayant le génotype
I/I et font rarement des calculs avant l’âge de dix
ans. D’autres formes mixtes existent : cystinurie de génotypes
I/II, II/III, III/N dont l’expression clinique n’est
pas bien connue.
Transporteurs
rénaux de la Cystine et des autres Acides Aminés Dibasiques
Ils
sont de 3 types :
1)
un transporteur de haute affinité (constante d’affinité
pour la cystine très basse) avec une faible capacité
de transport et qui est situé dans le segment S3 du tube
contourné proximal. Il est inhibé par tous les autres
acides aminés dibasiques et serait indépendant du
sodium. Une partie de ce transporteur est codé par le gène
SLC3A1.
2)
un transporteur de faible affinité avec une importante capacité
de transport (treize fois plus que le transporteur de haute affinité)
et qui est situé dans les segments S1 et S2 du tube contourné
proximal. Il est inhibé seulement par l’arginine et
est dépendant du sodium. Il serait fonctionnellement anormal
dans les cystinuries de type II et III.
En
physiologie la part respective des 2 transporteurs dans la réabsorption
de la cystine est sensiblement égale.
3)
un troisième transporteur spécifique de la cystine
serait responsable des cystinuries isolées.
Ces
3 transporteurs sont spécifiques des COLA.
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