| Physiopathologie
de la Cystinurie
Par
le Professeur Bertrand Dussol – Hôpital de la Conception,
Marseille
1. Anomalies des transports membranaires
Au
cours de la cystinurie, il existe à la fois des anomalies
rénales et intestinales de transfert membranaire.
1.1.
Défaut du transfert rénal
Normalement
la cystine filtrée est pratiquement entièrement réabsorbée
par le tube proximal, moins de 80 µmol (20 mg) est éliminé
par 24 heures. Le peu de cystine présent dans l’urine
chez le sujet sain provient de :
1)
la sécrétion de cystine par les cellules tubulaires
proximales à partir du sang péritubulaire
2)
de la diffusion passive de cystine à partir du sang péritubulaire.
Ces
deux éléments sont normaux chez le sujet cystinurique.
Ainsi le seul défaut présent chez le malade cystinurique
est un trouble de réabsorption de la cystine au niveau de
la bordure en brosse, défaut qui est également partagé
par les autres acides aminés dibasiques.

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1.2.
Défaut du transport intestinal
La
cystinurie est également caractérisée par un
défaut du transport intestinal des acides aminés dibasiques.
Il a été montré que le trouble de l'absorption
intestinal de cystine correspondait en fait à une augmentation
de la perméabilité de sortie de la cystine. L’excrétion
urinaire de cystine est élevée chez les patients cystinuriques
en dépit d’une absorption intestinale basse du fait
du défaut de réabsorption rénale. En fait la
première source de cystine est le métabolisme endogène
de la méthionine et pas la cystéine alimentaire. Ainsi
en dépit de la fuite urinaire et du défaut d’absorption
digestive, il n’y a jamais de déplétion en cystéine.

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2.
Formation des calculs de cystine
La
formation des cristaux et des calculs de cystine est essentiellement
dépendante de la sursaturation des urines en cystine. Il
n’y a pas de zone métastable comme pour la lithiase
calcique. Bien que du calcium soit retrouvé dans 30% des
calculs de cystine, aucune nucléation hétérogène
ou par épitaxie n'a été décrite entre
sels de calcium et cystine.
Il
n'existe pas d'inhibiteur connu de la cristallisation de cystine.
La
courbe de solubilité de la cystine a été dessinée.
Ainsi dans la zone de pH comprise entre 5 et 7, la solubilité
de la cystine est inférieure à 1200 µmol/l (300
mg/l), elle augmente rapidement lorsque le pH atteint 7,6. L'élévation
du pH urinaire favorise la dissociation de la cystine en ion cystinate
monovalent HCys-, plus soluble, selon l'équilibre :
H2Cys H+ + HCys-
(le pK de la réaction est 8,2)
A
un pH encore plus alcalin, le cystinate se dissocie lui-même
selon la réaction :
HCys-
2H+ + Cys- (le pK
de la réaction est 9,1)
La
quantité de cystine excrétée par les homozygotes
(génotypes I/I, II/II et III/III) est constamment supérieure
à 1600 µmol/j (400 mg/j) donc suffisante pour entraîner
la formation des calculs de cystine. Les hétérozygotes
du type II (II/N) peuvent excréter une quantité de
cystine avoisinant 1500 µmol/l (375 mg/l). Les hétérozygotes
de type III (III/N) ont une excrétion urinaire de cystine
plus basse et ne deviennent pas lithiasiques.

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