Traitement
Médical de la Cystinurie
Par le
Professeur Bertrand Dussol – Hôpital de la Conception,
Marseille
L’objectif du traitement est
de maintenir les urines sous saturées pour la cystine.
Pour cela il faut :
1°)
abaisser la concentration urinaire de cystine par :
- le régime
pauvre en méthionine et hyposodé
- la dilution
des urines
2°)
augmenter la solubilité de la cystine (élever le pH
urinaire au dessus de 7,5)
- alcalinisation
3°)
transformer la cystine en un composé plus soluble
- radicaux sulhydrés
1. Régime pauvre en méthionine
Un régime pauvre en méthionine,
précurseur de la cystéine, abaisse l’excrétion
urinaire de cystine. La méthionine est un acide aminé
essentiel, sa suppression est donc impossible mais son apport peut
être limité à la couverture du besoin physiologique
soit 1200 à 1400 mg/j. Pour cela il faut supprimer les aliments
très riches en méthionine et limiter à 120/150
grammes par jour la consommation de viandes, poissons, oeufs et
fromages. Tel quel ce régime n’est trop contraignant
pour être suivi régulièrement. Le régime
hypoprotidique est déconseillé chez l'enfant et l'adolescent.
Aliments riches en méthionine
Aliments |
Teneur
en méthionine
(en mg pour 100 g) |
Morue
séchée |
2300 |
Viande
de cheval |
1300 |
Écrevisses |
1000 |
Parmesan,
gruyère |
900 |
Caviar |
800 |
Poissons |
600 |
Foie |
600 |
Autres
viandes |
550 |
Fromages |
500
à 600 |
Oeufs |
500 |
2.
Restriction sodée
L’idée qu’un
régime hyposodé puisse influencer le débit
urinaire de cystine est venu de l’existence d’une réabsorption
couplée des acides aminés et du sodium au niveau du
tube contourné proximal (cotransporteurs Na+/AA-).
Les
études cliniques ont confirmé l’intérêt
d’un régime hyposodé pour diminuer le débit
urinaire de cystine. Il existe chez les malades cystinuriques une
corrélation positive entre la natriurèse et l’excrétion
urinaire de cystine. Chez certains patients, elle peut diminuer
de 50% en diminuant l'apport sodé alimentaire à 50
mmol/jour. Une réduction de 150 mmol de l'apport en sel entraîne
une diminution de l’excrétion urinaire de cystine de
650 µmol/j (160 mg/j). A noter que compte tenu du faible nombre
de patients explorés, la relation entre l’excrétion
urinaire de cystine et natriurèse doit être confirmée.
Par contre aucune relation n'a été retrouvée
chez le sujet sain entre cystinurie et natriurie.
De plus le régime hyposodé
permet de diminuer l’excrétion urinaire de la cystine
couplée aux dérivés sulfhydrés. En effet
la mesure de l’excrétion urinaire totale de cystine
(cystine libre plus cystéine/radical sulfhydrylé)
est aussi influencée par l’apport sodé.

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3. Cure de diurèse
La solubilité de la cystine
étant de 1000 à 1200 µmol/l (250 à 300
mg/l) pour un pH entre 5 et 7 et le débit de la cystinurie
chez les homozygotes étant en moyenne de 3,2±1,2 mmol/j
(800 ± 300mg/j), un volume d’urine d'au moins 3 litres
par jour est nécessaire pour dissoudre la totalité
de la cystine. Le volume doit s'élever à 5 litres
lorsque la cystinurie atteint 6000 µmol/j (1,5 g/j). Avec
une diurèse permettant de se situer en dessous du seuil de
solubilité, l'absence de formation de nouveaux calculs ou
la dissolution de calculs préexistants est observé
chez une majorité de malades. La surveillance de l'adhésion
au traitement peut se faire par la mesure de la densité urinaire.
Ce traitement nécessite une
répartition régulière des boissons au cours
du nycthémère et en particulier la nuit. En pratique
la cure de diurèse est très astreignante, un grand
nombre de malades sont incapables de la suivre.
4. Alcalinisation des urines
La solubilité de la cystine
augmente rapidement lorsque le pH dépasse 7,6 d’où
l’intérêt d’alcaliniser les urines.
On peut alcaliniser avec différentes
préparations :
1°) le bicarbonate de sodium
à la posologie de 8 à 16 grammes par jour bien répartis
sur le nycthémère dans 2 à 3 litres d’eau.
Le malade doit faire sa surveillance du pH urinaire par des bandelettes
réactives. Les fortes doses (30 à 40 g/j) permettent
de maintenir constamment le pH urinaire supérieur à
7,6 mais occasionnent des manifestations d'alcalose métabolique
ou des troubles digestifs, principalement une diarrhée.
2°) l'eau de Vichy contient
3,5 g/l de bicarbonate de sodium mais peut exposer à long
terme à la fluorose surtout si il existe une insuffisance
renale.
La relation entre apport sodé
et cystinurie doit faire préférer une alcalinisation
avec un sel alcalin ne contenant pas de sodium. En effet l’apport
sodé délivré par le NaHCO3 majore le débit
urinaire de cystine d’environ 20%.
3°) Le citrate de potassium
assure la même alcalinisation que le bicarbonate sans augmenter
la natriurèse. Il doit être prescrit à la posologie
de 6 à 8 gr/jour dilués dans 1,5 à 2 litres
d’eau.
Là encore la tolérance
gastrique est médiocre. A noter que le jus de citron (ou
d’orange) permet aussi d’augmenter la citraturie. Des
préparations de citrate sous formes de tablettes à
libération prolongée, bien tolérées
sur le plan digestif, existent à l’étranger
et seront bientôt disponibles en France.
La surveillance du malade se fait
par la mesure du pH urinaire (bandelette urinaire) et par la densité
urinaire, cette dernière devant être inférieure
à 1010 sur tous les échantillons d’urine.
Le maintien d'un pH urinaire alcalin
au long cours expose au risque de précipitation de phosphate
de calcium rendant le calcul mixte. Ce risque doit être plus
particulièrement redouté lorsqu'existe une hypercalciurie
associée. Pour les malades sous Vichy, une surveillance annuelle
de la fluorémie est nécessaire surtout en cas d’insuffisance
rénale.
5. Les composés sulfhydrylés
Les
composés sulfhydrylés ont la propriété
de rompre le pont disulfure réunissant les 2 molécules
de cystéine qui composent la cystine pour former un complexe
cystéine-sulfhydryle (disulfure mixte), cinquante fois plus
soluble que la cystine elle même.
Quelle est la capacité de
complexation de la cystéine offerte par les radicaux sulfhydrylés?
Dans
tous les cas il faut 2 molécules de la molécule complexante
pour chélater une molécule de cystine. Par ailleurs
le rendement de la réaction de complexation n’est pas
de 100%.
- La D-pénicillamine (Trolovol comprimé à 300
mg). Six cents mg de D-pénicillamine complexe 250 mg (1 mmol)
de cystine (rapport complexant/cystine 2,4).
- La tiopronine (ou alpha-mercaptopropionylglycine, Acadione comprimé
à 250 mg). Cinq cents mg complexe 200 mg (0,83 mmol) de cystine
(rapport complexant/cystine 2,5)
- Le captopril (Lopril comprimé à 25 mg). Cent cinquante
mg complexe 50 mg (0,2 mmol) de cystine (rapport complexant/cystine
3)
La
D-pénicillamine (Trolovol)
Depuis 1963, il a été
démontré que l'administration de D-Pénicillamine
réduisait la cystinurie. L'efficacité de ce traitement
est limitée par l'apparition d'effets secondaires non négligeables
: syndrome d'hypersensibilité aiguë, glomérulite
extra-membraneuse, syndrome de Goodpasture, leucopénie, thrombocytose,
éosinophilie, agnosie, dermatomyosite, hyposidérémie,
déplétion en Pyridoxine. En fait la tolérance
dépend du protocole utilisé. Il faut débuter
par de faibles doses et augmenter progressivement la posologie pour
aboutir à une dose maintenant la cystinurie inférieure
au seuil de saturation. Si aucune manifestation d'hypersensibilité
apparait, la posologie est augmentée sur une période
de deux mois, la posologie optimale se situant entre 1,5 et 1,8
g/j ce qui complexe 3 mmol de cystine.
La
mercaptopropionylglycine (MPG ou Acadione)
La
mercaptopropionylglycine est
un composé sulfhydrylé qui possède un potentiel
d'oxydo-réduction sensiblement égal à la D-pénicillamine.
La posologie est d’environ 1 gr/jour. L'avantage majeur du
MPG est une moindre toxicité avec un faible nombre de patients
arrêtant le traitement. Le MPG peut entraîner des troubles
gastro-intestinaux mineurs, un rash cutané, une fièvre
et une glomérulite extramembraneuse. Des séries retrouvent
près de 70% des patients arrêtant le traitement par
D-pénicillamine contre seulement 30% avec le MPG .
Dans tous les cas, la moitié
de la posologie du radical sulfhydrylé doit être prise
de préférence au coucher car la concentration urinaire
en cystine est plus importante la nuit. Enfin il a été
récemment montré que la D-pénicillamine et
la tiopronine exerçaient une activité anti cystinurique
en augmentant le métabolisme intracellulaire de la cystine.
Le
Captopril (Lopril)
L'effet bénéfique
du captopril est propre à sa structure chimique et n'est
donc pas extrapolable aux autres inhibiteurs de l'enzyme de conversion.
Des études portant sur un nombre important de patients sont
nécessaires pour réellement évaluer l'efficacité
et la tolérance du Captopril au cours de la cystinurie. Toutefois
compte tenu des données chimiques, on ne peut pas s’attendre
à une baisse significative de l’excrétion urinaire
de cystine à la posologie habituelle de cette molécule
(maximum 150 mg/jour).
Un effet secondaire du Captopril
est l’hypocitraturie en rapport avec l’acidose intracellulaire
des cellules du tube contourné proximal en rapport avec la
diminution de l’activité de l’échangeur
Na+/H+, activité favorisée par l’angiotensine
II. Cette hypocitraturie abaisse le pH des urines.

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6.
Conduite générale du traitement médical
Aucune des différentes thérapeutiques
énumérées ne fournit à elle seule une
efficacité complète dans le traitement préventif
des récidives. La cure de diurèse est essentielle,
l'apport sodé doit être restreint, les aliments riches
en méthionine exclus. Une alcalinisation par citrate de potassium
doit permettre le maintien d'un pH autour de 7,4-7,6.
En cas d’échec, ce
traitement sera complété par la prescription d’un
composé sulfhydrylé, de préférence la
tiopronine, en commencant par 2 cp/j et en augmentant progressivement
jusqu’à obtenir une excrétion urinaire de cystine
inférieure à 1 mmol/l. En cas d'hypertension, le Captopril
doit être choisi en première intention.
Le suivi échographique et
radiologique de l'évolution de la lithiase est indispensable.
Toute modification de la tonalité du calcul dans le sens
d'une majoration de la radio-opacité accompagnée d'une
augmentation de taille ou d'un arrêt de la réduction
de taille doit faire suspecter la présence de dépôts
d'apatite (phosphate de calcium) génant les possibilités
de dissolution du calcul par l'alcalinisation.
Au cours de la grossesse, les effets
tératogènes de la D-pénicillamine et de la
tiopronine contre-indiquent leur utilisation. Le traitement s’appuie
sur l’hyperdiurèse et l’alcalinisation. En cas
de migration urétérale d’un calcul, une sonde
JJ doit être mise en place jusqu’au terme.
7. Traitement Urologique
Différentes techniques peuvent
actuellement être utilisées en dehors de la chirurgie
afin de préserver au mieux le capital néphronique
de patients souvent exposés à des lithiases récidivantes.
La lithotritie extracorporelle est
souvent décevante car les calculs de cystine sont trés
résistants aux ondes de choc. Les calculs de cystine sont
les plus résistants aux ondes de choc de tous les calculs.
Toutefois la résistance des calculs n’est pas univoque,
certains calculs étant pour des raisons mal connues facilement
cassés par les ondes de choc. La lithotritie extracorporelle
doit être toutefois tentée surtout sur les calculs
de petite taille (moins de 1,5 cm de diamètre).
L’urétéroscopie
est le traitement de choix pour les calculs de l’uretère
pelvien (panier ou extraction simple).
La
chirurgie percutanée est la plus utilisée surtout
en cas de :
- calculs
complexes ou coralliformes
- échec
du traitement médical, de l’urétéroscopie
ou de la lithotritie extracorporelle.
La
dissolution in situ utilise soit des solutions alcalines pour dissoudre
la cystine soit des solutions chélatantes pour créer
un radical plus soluble. Les solutions alcalines sont le NaHCO3
(pH 8) ou le THAM (pH 8,2). Les solutions chélatantes sont
à base de N-acétylcystéine à 2% (pH
10,2), de tiopronine à 2% (pH 10,5) ou de D-pénicillamine
à 0,5% (pH 8). Il n’y a pas d’étude controlée
permettant d’évaluer la dissolution in situ. Les précautions
à prendre sont multiples :
- la pression
dans le voie excrétrice doit être inférieure
à 25 cm d’eau
- il faut contrôler
l’hémostase et l’infection avant et pendant la
dissolution
- une surveillance
du bilan sanguin est nécessaire (risque d’alcalose)
Les problèmes sont la durée
d’hospitalisation et l’existence de calculs mixtes contenant
de l’oxalate ou du phosphate de calcium voire de la struvite
qui ne vont pas se dissoudre et même peuvent augmenter de
volume.
La chirurgie ouverte est souvent
le dernier recours.
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